La carrière de Joe Cocker n’a jamais été un « long fleuve tranquille ». Celui que Tina Turner qualifie « de grand chanteur Soul » connu la célébrité dès 1967 avec « Marjorine » mais sombra dans une longue dépression pour finalement retrouver le chemin des hits parades au cours des années 80.

Vance Arnold et les Avengers

Joe Cocker, de son vrai nom John Robert Cocker, est né le 20 mai 1944 à Sheffield, ville minière du nord de l’Angleterre. Comme la plupart des jeunes de son âge, il découvre le Rock’n’Roll grâce aux stations de radio américaines diffusant cette « musique du diable » sur le sol anglais. C’est ainsi qu’à 12 ans, il découvre le roi du skiffle, Lonnie Donnegan…

Joe Cocker : « Vers l’âge de treize ans, j’ai acheté une batterie bon marché puis j’ai commencé à jouer avec de jeunes gens qui, eux, avaient acheté des guitares.« 

Rita Coollidge : « c’était une vraie famille, au début il y avait une super ambiance, c’était une expérience merveilleuse. » Ils effectuent ensemble une tournée triomphale « My Dogs and Englishmen », dont le meilleur sera regroupé sur un double album portant le même nom et sur un film. Jim Keltner (batteur) : « une immense fête sans limite. » Joe Cocker, épuisé (il parcourt quarante-huit villes en cinquante-six jours), retourne chez ses parents à Sheffield à Noël 70. Il prendra une des décisions les plus difficiles de sa carrière, à savoir la dissolution du groupe, un différent avec Leon Russel en serait à l’origine. Rita Coollidge : « il y a eu conflit de personne, Joe ne jouait pas à la vedette, ce qui me surprenait, il semblait ignorer les conflits de pouvoir. »

The Cavaliers, 1959 (avec John Mitchell, Phil Crookes, Joe Cocker, Bob Everson)
© Harold Cocker

A 16 ans, il quitte le lycée et travaille comme chauffagiste/plombier. Il monte son premier groupe, les Cavaliers où il tient la batterie et l’harmonica. Ce groupe devient deux ans plus tard Vance Arnold And The Avengers (Vance vient d’un personnage de cinéma incarné par Elvis Presley, Arnold d’Eddie Arnold le chanteur de Country). Joe s’empare alors du micro.

Vance Arnold en concert à Sheffield, 1962 © Harold Cocker

Il abandonne son travail pour devenir musicien professionnel. Grâce à son talent, son groupe réussit à partir en tournée avec les Rolling Stones et les Hollies. Il joue également dans les bases militaires américaines ainsi qu’en France où le public l’appelle le « petit Ray Charles ».

Séance d’enregistrement de « I’ll Cry Instead », studios Decca, Londres, juillet 1964

Il enregistre un premier 45 tours chez Decca en 1963 « I’ll Cry Instead » (une composition de John Lennon et de Paul McCartney) qui n’obtient pas de succès malgré la participation de Jimmy Page (guitariste de Led Zeppelin). Après une tournée en première partie de Manfred Mann, il retourne travailler dans la compagnie de gaz pour subvenir à ses besoins.

Le décollage : Marjorine de Chris Stainton

En 1966, il retrouve Chris Stainton, un ami d’enfance. Ils fondent ensemble le Grease Band avec Kenny Slade à la batterie, Henry McCullough à la guitare, Tommy Eyre aux claviers puis monte le Joe Cocker’s Big Blues Band. Ils partent en tournée dans le nord de l’Angleterre et sortent une bande démo sous le nom de « Joe Cocker ». Denny Cordell, le producteur des Moody Blues, de Georgie Fame et de Procol Harum le découvre et l’invite dans son studio…

Ils sortent le 45 tours, « Marjorine », tout juste composé par Chris Stainton et se taillent alors une réputation auprès du public anglais.

Pour accrocher le public américain, Cordell propose d’enregistrer une reprise d’un titre célèbre. Ce sera « With A Little Help From My Friends » des Beatles qui devient numéro un en Angleterre et qui entre dans le Top 40 aux Etats-Unis. Les Fab Four lui enverront un télégramme le félicitant d’avoir remis leur chanson au sommet.

Début 69, il enregistre l’album « With A Little Help From My Friends » avec la participation de musiciens on ne peut plus prodigieux, comme Jimmy Page, Stevie Winwood ou encore Albert Lee. Au printemps, direction l’Amérique pour une tournée.

Le 17 août, il est révélé devant plus de 450.000 personnes lors du, désormais, légendaire festival de Woodstock. Il déclarera : « c’était une sorte d’éclipse, une journée spéciale. » L’année 69 sera ponctuée de participations à des shows télévisées : This Is Tom Jones, Ed Sullivan Show…

L’âge d’or

« Un jour, je tombe sur l’album ‘Accept no Substitute’ par Delaney Bonnie. Il y avait Leon Russel au piano. Son style de jeu m’a impressionné. J’ai voulu le rencontrer. » Aussitôt dit, aussitôt fait ! Ils font connaissance et créent ensemble le deuxième album de Joe, « Joe Cocker ! ». Des reprises étonnantes le composent, comme « Bird On The Wire » de Leonard Cohen, ou encore « Delta Lady », composée par Leon Russel.

Joe décide de dissoudre le Grease Band en 1970 pour donner naissance à un autre groupe plus particulier, composée de 42 musiciens/choristes (dont beaucoup font partie de la bande à Delaney & Bonnie) : Mad Dogs & Englishmen, d’après une chanson éponyme de Noel Coward.

Rita Coollidge : « c’était une vraie famille, au début il y avait une super ambiance, c’était une expérience merveilleuse. » Ils effectuent ensemble une tournée triomphale « My Dogs and Englishmen », dont le meilleur sera regroupé sur un double album portant le même nom et sur un film. Jim Keltner (batteur) : « une immense fête sans limite. » Joe Cocker, épuisé (il parcourt quarante-huit villes en cinquante-six jours), retourne chez ses parents à Sheffield à Noël 70. Il prendra une des décisions les plus difficiles de sa carrière, à savoir la dissolution du groupe, un différent avec Leon Russel en serait à l’origine. Rita Coollidge : « il y a eu conflit de personnes, Joe ne jouait pas à la vedette, ce qui me surprenait, il semblait ignorer les conflits de pouvoir. »

Harold Cocker (son père) : « j’étais inquiet quand il est rentré, il ressemblait à un zombie, il ne s’intéressait à rien, il lui a fallu plusieurs mois pour s’en sortir. »

En 1970, Joe Cocker a vendu plus de trois millions de disque à travers le monde, et le magazine Playboy lui a décerné le prix du meilleur chanteur Jazz/Rock’n’Roll.

La descente

Le 45 tours « Hight Time We Went » sortira en été 1971, atteignant la 22ème place au US Billboard Hot 100 Chart.

Début 1972, il repart en tournée américaine puis européenne accompagné de Chris Stainton. La tournée Australienne ne se passera pas sous les meilleurs auspices : en octobre, Joe y est arrêté pour possession de marijuana, ce qui provoqua colère des fans et débat national sur la légalisation de cette drogue.

Cette « période sombre » comme il l’appelle sera néanmoins parsemée d’albums (« I Can Stand a Little Rain » en 1974, « Stingray » en 1976, « Luxury You Can Afford » en 1978).

Joe Cocker : « J’étais tout le temps stone, y compris sur scène. Je m’étonne encore d’avoir donné autant de concerts dans un tel état; et aussi que mes collaborateurs aient toléré si longtemps un tel comportement. Je me nourrissais mal, je prenais de la drogue et je me soûlais. Je pouvais continuer comme ça jusqu’à la mort ou me ressaisir. Et puis, en 1980, j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme. C’est elle qui m’a aidé à m’en sortir. Sans elle, je ne serais peut-être plus là aujourd’hui. »

En lui jouant au piano « You Are So Beautiful » en 1974, Jim Price réveille son intérêt pour la musique. Il reprendra cette chanson et atteindra la 5ème place des charts américains.

Le renouveau

De 1980 et 1982, il entame une cure de désintoxication. Dès lors, il reprend le chemin des studios et repart en tournée. Grâce à l’album « Sheffield Steel » en 1982, Joe fait un spectaculaire come-back sous la houlette de Chris Blackwell, patron de la firme Island.

En 1981, il est invité aux Grammy Awards et interprète « I’m So Glad Standing Here Today ». Dans la salle, une certaine Jennifer Warmes est particulièrement émue et décide de faire un duo avec lui… Ce qui était pourtant mal parti si on lit cette déclaration de Joe : « même pour de l’argent je ne me voyais pas chanter ça, Stuart a insisté… » « Up Where We Belong » du film « An Officer And A Gentleman » triompha et fut classé trois semaines au hit-parade. Un Grammy Award ainsi qu’un Academy Award pour « la meilleure chanson originale » viendront s’ajouter…

La chanson du film « Neuf Semaines Et Demi » (1986) « You Can’t Leave Your Hat On » connaît également beaucoup de succès.

Paraissent de bons albums comme « Civilized Man » (1984), « Cocker » (1986), « Unchain My Heart » (1987), « One Night Of Sin » (1989)… « Night Calls » (1992) est disque d’or peu de temps après sa sortie. La même année sort la chanson « Sorry Seems To Be The Hardest Word » d’Elton John, qui se vend à trois millions d’exemplaires.

En janvier 1994, il enregistre son nouvel album « Have A Little Faith » ; le titre « Summer In The City » sera un des tubes de l’été 94. Il ouvre le festival de Woodstock 1994. Deux ans plus tard, l’opus « Organic » avec Don Was à la production et des musiciens comme Billy Preston et Darryl Jones reprend des classiques comme « You Can Leave Your Hat On » et « Don’t Let Me Be Misunderstood ».

« Across From Midnight » (1997) est un succès, surtout grâce au titre « N’Oubliez Jamais » et « Could You Be Loved » (tube de l’été en Allemagne), chanté en Français, une première pour Joe, qui tourne même un clip avec Catherine Deneuve. En 2000, « No Ordinary World » avec des chansons signées Leonard Cohen et Stevie Winwood sort dans les Bacs. Suivent « Respect Yourself  » (2002) et  » Heart And Soul » (2004).

En 2007, il reçoit « l’Order of the British Empire » à l’occasion de l’anniversaire de la reine, cela pour services rendus à la musique.

Pour fêter sa récompense mi-décembre 2007, Joe donna deux concerts, un à Londres et l’autre dans sa ville natale. En avril et mai 2009, il fit une tournée nord-américaine pour promouvoir son album « Hymn For My Soul ».

Nous voilà en novembre 2012 : « Fire It Up » est dans les bacs et une tournée européenne se planifie pour 2013…

Joe Cocker nous quitte le 22 décembre 2014… Les hommages sont nombreux (hors médias français), en voici quelques-uns :
Albert Lee : « Joe Cocker, un merveilleux musicien […] il nous manquera »
Lisa Fischer (choriste des Rolling Stones, Sting…) : « Repose en paix Joe Cocker… Et merci pour nous avoir donné ton cœur et ton âme divine »
Roger Hodgson : « J’ai eu l’honneur de rencontrer Joe Cocker. Joe, ton héritage inimitable continuera à vivre. »
Bryan Adams : « Un des meilleurs chanteurs de Rock »

Conclusion

Joe Cocker est un des premiers à avoir exploré la musique afro-Américaine pour l’adapter au Rock. Son jeu de scène, inimitable, lui vaut une polémique en 1969 lorsqu’il participe au Ed Sullivan Show, des danseuses sont chargées de le cacher des caméras afin de le préserver de la vue du téléspectateur américain, les producteurs le trouvant trop… grotesque ! Joe : « j’imitais souvent les gestes de Ray Charles, ce qui perturbait les gens. »

Les styles musicaux de Joe Cocker sont multiples : il se donne aussi bien au Rock qu’au Blues, en passant par la Soul, la Pop sans oublier le Rhythm’n’Blues.

Nous pourrions terminer ce portrait par une déclaration de l’artiste :
« Je n’aurais jamais imaginé faire une carrière, devenir une vedette. Si un type dans le bus me disait qu’il voulait devenir chanteur comme moi, réussir, je ne le découragerais pas mais je lui dira ‘ce n’est pas facile, on ne sait jamais comment on va finir.’ C’est une affaire de conviction, certains types sont très heureux de jouer dans un bar. Tout le monde n’a pas besoin de réussir, de jouer devant 20.000 spectateurs. Il y a bien des façons de réussir en musique sans devenir une grande vedette.«